Bénédiction d'un ex-voto à La Chapelle de Hauteville

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Au cours de la messe du 16 Juillet Mgr Le Boulc'h a béni un ex-voto. Celui-ci a été offert par le mini-bac de coutances en la présence de la SNSM de Hauteville S/ Mer et de 250 fidèles. A l'issue de la célébration 50 pèlerins sont partis vers le Mont St Michel après avoir reçu la bénédiction de l'évêque

Homélie de Mgr Laurent Le Boulc’h
dimanche 16 juillet 2017 – Hauteville-sur-Mer


L’Eglise catholique aujourd’hui, sous l’impulsion du pape François, renouvelle son élan missionnaire. Elle veut retrouver l’Esprit de ses origines qui l’a envoyée annoncer l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre. La parabole du semeur que nous venons d’entendre nous donne ce matin des clefs pour bien comprendre l’invitation de Jésus. Tout est dit dans cette belle parabole. Le sens de la vocation missionnaire de l’Eglise est là, totalement donné. Il suffit de prêter l’oreille. Il suffit de regarder cet étrange semeur.
« Voici que le semeur sortit pour semer ». Ce sont les premiers mots de la parabole. Ils nous parlent de sortir, d’aller donc hors de chez soi, de se risquer dehors. Le premier acte du semeur, c’est de sortir.


Sortir. Il n’est qu’à regarder Jésus dans les évangiles pour voir qu’il est un homme en sortie, toujours en partance, jamais en repos. Comme si quelqu’un, en lui, le poussait au dehors, comme si quelque chose au loin mystérieusement l’attirait.
Vers où sort le semeur de la parabole ? Où dirige-t-il ses pas ? On pourrait imaginer qu’il s’en aille d’abord dans les champs et les labours. Pas du tout. L’Evangile nous raconte qu’il s’en va semer sa semence sur toutes sortes de terrains. Il s’en va n'importe où, même là où la terre est inculte, desséchée, bonne à rien, sur les cailloux et dans les ronces, là où il y a raisonnablement aucune chance de réussite. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le semeur n’a pas grand souci d’efficacité, et qu’il va, apparemment, tout droit au gâchis.


Si souvent, dans les évangiles aussi, les pas de Jésus mènent aux pauvres, les petits, les sans grades, les anti-héros, les pécheurs publics. Ceux dont on disait qu’ils étaient loin de Dieu. Ceux dont les contemporains pouvaient raisonnablement penser qu’ils n’étaient que terres ingrates, inutiles pour Dieu. Beaucoup d’ailleurs sont scandalisés devant cette attitude de Jésus : « Il s’en est allé manger chez un pécheur », tant d’autres auraient mérité sa visite.
Pour le semeur de la parabole comme pour Jésus, tout se passe comme s’il n’y avait plus aucun à priori, plus aucun jugement par avance. Aux yeux du semeur, il n’y a pas à priori de bonnes ou de mauvaises terres. Il n’y a que des terrains à ensemencer. Peu importe l’endroit, l’important c’est de semer.


C’est ainsi que Jésus n’arrête pas de semer, au-delà de toutes frontières d’âge, de nationalité, de sexe, de moralité. Il est l’homme de la rencontre qui s’en va rejoindre chaque homme, sans aucune condition préalable, sans restriction d’aucune sorte, à commencer par ceux et celles dont l’existence semblait la plus stérile, car même ceux-là sont dignes de recevoir la semence de Dieu. Tout homme, quel qu’il soit, est digne, par avance, de recevoir au fond de lui, en abondance, la semence de Dieu. Personne n’est exclu du don de Dieu.


La semence, nous dit l’Evangile, c’est la Parole de Dieu, autrement dit, la Bonne Nouvelle. Le signe de l’amour venu de Dieu qui relève, pardonne, guérit, redonne confiance. L’Amour qui ressuscite pour peu qu’on l’accueille.
Frères et soeurs, parce que nous avons trouvé dans notre vie cet amour venu de Dieu qui ressuscite, disciples de Jésus, nous entendons l’appel à devenir missionnaires, témoins de la Bonne Nouvelle. A l’image du semeur, nous ressentons l’appel à sortir de nous-même pour annoncer à chaque homme qu’il est aimé de Dieu. A la source de la mission, il y a l’acte de foi en Jésus qui donne à croire que chaque homme a droit, sans aucune restriction possible, à recevoir la semence de Dieu. Etre missionnaire, c’est vivre cet acte de foi. Croire que chaque personne, où qu’elle en soit de son chemin, est digne de recevoir la Parole aimante de Dieu. Cette Parole est une Parole de salut qui, lorsqu’on l’accueille, redonne espérance, confiance et dignité. Croire cela et en témoigner. Qui peut dire aujourd’hui que notre monde n’a pas un besoin urgent d’entendre un tel message ?


Mais on n’annonce pas l’Evangile n’importe comment, comme des prosélytes ou des intransigeants. Annoncer l’Evangile suppose qu’on fasse nôtres les attitudes du semeur dans la parabole.
La première attitude du semeur c’est de sortir. Devenir missionnaire suppose qu’on ait le goût de sortir. Ne pas vivre repliés, enfermés sur nous-mêmes, prisonniers de nos relations avec toujours les mêmes, ceux qui nous ressemblent. Nous passionner par ce qui se vit dehors, hors de nos communautés. Dépasser nos préjugés, déplacer nos centres d’intérêt, nous intéresser à tous les terrains. Nous ouvrir à l’existence des autres. Sortir.


La seconde attitude du semeur c’est de semer généreusement. Semer sans nous laisser piéger par la recherche immédiate du résultat. Résister à nos mentalités fascinées par la performance, l'efficacité, le calcul, si loin de la logique du semeur, lui qui jette sa semence sans regarder d’abord les chances de réussite. Car la logique de l'Evangile n'est pas tant celle de l'efficacité que de la fécondité « comme la pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir fécondé la terre », nous dit Isaïe. La fécondité fait place à la gratuité, à la patience. La mission n’est pas d’abord une affaire de résultats. Compter les conversions ! Tout juger aux chiffres et aux résultats. Ce qui importe avant tout, c’est la qualité évangélique de ce que nous vivons. On sème et la moisson ne nous appartient pas. Semer généreusement.


La troisième attitude du semeur c’est d’espérer en tout homme. Prendre au sérieux la parabole de Jésus, c’est lutter contre la tentation de faire le tri à priori entre les bonnes et les mauvaises terres. Classer trop rapidement les gens : juger aux apparences, enfermer dans des clans, les bons et les moins bons. Etre missionnaire de l’Evangile nous demande ne pas choisir le terrain. Nous le savons bien, tout homme, selon les moments de sa vie, selon les lieux où il se trouve, peut être une bonne ou une mauvaise terre. Nul n’est à l’abri, une fois pour toutes, de la superficialité et d’un manque de profondeur. A l’inverse aussi, nul n’est définitivement fermé à l’amour de Dieu. En chaque homme, l’amour de Dieu peut un jour se frayer un chemin et donner son fruit. Ne désespérer de personne.


Frères et soeurs, amis pèlerins, vous cheminez vers le Mont-Saint-Michel. Vous allez rejoindre la Merveille où se croisent quantité de peuples, une formidable diversité d’hommes et de femmes de toutes conditions et de toutes convictions. Le Mont-Saint-Michel est la Jérusalem de Pentecôte. Il est le lieu où l’Eglise sème l’Evangile à tous vents, grâce aux témoignages des sanctuaires et des fraternités monastiques et de tous ceux et celles qui s’attachent à préserver le caractère éminemment spirituel du Mont. Puisse alors votre pèlerinage vous encourager à recevoir en profondeur l’Evangile du Christ afin de lui donner du fruit au centuple et témoigner de lui dans votre existence.
Amen.