Septembre 2015 - « Laudato si »

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Par la voix du pape François, l'hymne de saint François trouve aujourd'hui un extraordinaire retentissement. La louange à Dieu du « poverello d'Assise » est appelée à devenir la nôtre dans la contemplation et la sauvegarde de la nature et de l'humanité, dans un même amour fraternel.

L'encyclique témoigne de l'Evangile comme un ferment de renouvellement de notre vision du monde et de la vie. Un tel renouvellement de la pensée et de l'agir est urgent et nécessaire car la poursuite de la logique actuelle risque de conduire le monde à la destruction. Mais c'est aussi l'Evangile qui nous appelle à transformer notre système de vie pour qu'il serve le bien de l'humanité et de la création selon la volonté de Dieu.

Le saint père propose une véritable leçon de politique. Non qu'il prenne sa place dans l'arène, mais il fait le cadeau aux responsables des communautés humaines d'une belle hauteur de vue qui dépasse la seule logique d'intérêts étroits.

Ce qui frappe dans l'encyclique de François, c'est la formidable cohérence qui l'habite. Le beau concept « d'écologie intégrale » le laisse entendre. « Tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres. » C'est d'ailleurs pourquoi le défi de la sauvegarde de notre planète appelle non seulement à la mobilisation de toutes les ressources de nos techniques et intelligences, mais plus fondamentalement, interroge nos  manières d'être avec la nature, avec les autres, en société, en famille et avec Dieu.

Dans l'écologie intégrale promue par l'Eglise, la sauvegarde de la création est inséparable de l'engagement social contre la misère, du combat pour la dignité du plus petit, de la quête de la justice et de l'approfondissement de la vie spirituelle, car tout tient ensemble.

« Si la crise écologique est l'éclosion ou une manifestation extérieure de la crise éthique, culturelle et spirituelle de la modernité, nous ne pouvons pas prétendre soigner notre relation à la nature et à l'environnement sans assainir toutes les relations fondamentales de l'être humain. »(119)

Dans l'encyclique, le « paradigme technocratique » désigne l'abandon croissant de l'homme à une innovation technologique qui n'a plus d'autre finalité qu'elle-même, imposant sa toute-puissance à la nature, engendrant une culture nouvelle, et transformant la vie sociale. C'est là le ressort premier qui semble conduire insidieusement l'activité de l'homme moderne. Or, ce qui se présente comme une mécanique de progrès tend souvent à servir en fait une vision égocentrique des relations qui réduit la nature, les sujets et la société à de simples objets de jouissance. Nous comprenons alors que la crise écologique est significative d'un mal plus profond qui porte atteinte à l'identité spirituelle, culturelle et morale de l'homme.

Il s'agit de vivre une véritable conversion : « Cette conversion suppose diverses attitudes qui se conjuguent pour promouvoir une protection généreuse et pleine de tendresse. En premier lieu, elle implique gratitude et gratuité, c'est à dire une reconnaissance du monde comme reçu de l'amour du Père, ce qui a pour conséquences des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnait. »

Nous sommes invités de tout urgence à changer nos manières d'être pour faire œuvre de sagesse, en donnant place à des relations de gratuité et de contemplation, d'humilité et de respect, dans la conscience de notre origine et de notre finalité en Dieu, en regardant la création confiée tel un jardin et en s'engageant dans la justice, la solidarité et la paix.

La crise écologique est significative d'un mal plus profond qui porte atteinte à l'identité spirituelle, culturelle et morale de l'homme. Elle demande à notre humanité le courage de se relever en s'engageant résolument à tous les niveaux dans des choix de vie exigeants qui soient plus respectueux de la vocation des hommes à vivre une relation de justice et de paix avec toute la création dans  l'amour de son Créateur.

 Laudato si  marque une étape importante dans l'histoire de la pensée de l'Eglise et sa contribution à la construction du monde. En lisant l'encyclique de François, nous nous émerveillerons de voir combien l'Evangile et le christianisme peuvent être source d'inspiration dans l'agir concret des hommes pour la plus grande joie de la création.

 

+ Laurent Le Boulc'h
Evêque de Coutances et Avanches

Assomption 2015