Octobre 2015 - « Gens de la terre et gens sans terres »

Add this
Depuis des semaines, les agriculteurs font entendre leur détresse. La question de l’avenir des agriculteurs est cruciale. Elle n’est pas seulement un enjeu pour notre économie, elle a à voir avec nos paysages, l’animation des territoires ruraux, notre environnement, notre alimentation, notre culture nationale et européenne, notre solidarité internationale et notre civilisation rurale. Personne ne devrait se désintéresser du sort du monde rural, encore moins ici, dans notre région tellement façonnée par le travail de la terre. La crise agricole que nous traversons nous concerne tous. Elle appelle un surcroît de dialogue et de solidarité dans la vérité de l’écoute et de la parole. Dans cet appel à la relation, à la sollicitude et à la prière, les baptisés et les communautés d’Eglise ont leurs responsabilités à mettre à l’œuvre.

Une seconde vague de détresse secoue notre actualité. Celle des exilés du Moyen Orient. L’Europe prend conscience que, tant que leurs pays subiront une guerre sans règles, la dislocation interne ou le joug d’un pouvoir religieux archaïque et sanguinaire, rien n’arrêtera leur exode. Les appels à la mobilisation se font entendre pour accueillir ces réfugiés. Depuis longtemps, l’Eglise est engagée sur ce terrain.

Gens de la terre et gens sans terres : il peut être tentant d’opposer ces deux causes. Privilégier la première en nous disant que nous avons déjà suffisamment à faire avec nos propres soucis avant d’en rajouter avec ceux d’ailleurs, ou bien, à l’opposé, ne penser qu’aux lointains au nom d’un idéalisme généreux qui néglige son propre territoire.

Ces attitudes ne sont pas justes parce qu’elles n’articulent pas le local et l’universel. L’Eglise, au contraire, veut manifester sa sollicitude pour les souffrants de chez nous et pour les miséreux d’ailleurs dans l’unique combat pour la justice et la  dignité. Ne donnons jamais l’impression d’oublier les uns pour les autres.

L’accueil des réfugiés nous renvoie à la question de notre propre identité. Certains y voient une menace pour notre propre culture et la religion chrétienne. Ils oublient que la menace la plus lourde ne vient pas d’ailleurs mais de nous-mêmes lorsque nous négligeons les valeurs humanistes et les ressources spirituelles de notre tradition. Puissent ces événements tragiques nous réveiller dans ce sens.

+ Laurent Le Boulc'h
Evêque de Coutances et Avanches