Inauguration et bénédiction du Prieuré d'Ardevon vendredi 5 octobre

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Retrouvez le discours prononcé par Monseigneur Le Boulc'h et visionnez l'album photos.

Chers amis,

Je vous remercie chaleureusement d’avoir bien voulu répondre à notre invitation pour partager ce moment de fête et d’inauguration. J’y vois une confirmation de la belle attractivité du prieuré du Mont saint Michel à Ardevon et de sa capacité à relier des institutions, des groupes et des personnes très divers au service d’un projet exigeant, en phase avec les aspirations de notre temps.

Je ne reviens pas sur l’itinéraire qui nous a conduit à ce jour, ni sur les choix architecturaux qui ont présidé aux travaux réalisés et à venir. M. Loïc Hussard, au nom du Comex, et M. Arnaud Paquin architecte, viennent de nous les présenter. Permettez-moi simplement de revenir sur les motivations et la finalité du prieuré. 

Aux grandes marées d’octobre 2015, le Mont-Saint-Michel, au bénéfice de travaux considérables, retrouvait son caractère maritime. Au-delà d’une formidable prouesse technique et esthétique, ce changement ouvrait de nouvelles perspectives. Dans notre temps où l’humanité prend de plus en plus conscience du péril écologique, cet aménagement inscrit le Mont-Saint-Michel dans le respect et la protection de l’écosystème de la baie. Dans notre époque chargée d’interrogations existentielles, il donne une autre visibilité à la portée spirituelle du lieu.

Ainsi, le Mont-Saint-Michel tend-il à retrouver sa vocation originelle, ce sanctuaire unique au monde qui attire les pèlerins marchant vers lui « au péril de la mer ». 

Les hommes et les femmes d’aujourd’hui ont besoin de lieux qui les orientent et les réconcilient dans un monde perturbé. Ils ont besoin de revisiter leur histoire et leur patrimoine qui donnent à croire en la solidité d’une œuvre. Ils ont besoin de points sources qui, au cœur de la création, entre ciel et terre, les élèvent à plus grands qu’ils ne sont et les ramènent à leurs responsabilités dans le monde.

Ecologie et pèlerinage, ces deux termes s’accordent de mieux en mieux ensemble. Ils exercent une puissance d’attraction pour nos contemporains. Ils sont une voie de rencontre privilégiée avec le mystère de la foi, tel qu’il s’est révélé dans la longue tradition judéo-chrétienne. Les chemins du Mont-Saint-Michel conduisent à cette expérience.

C’est dans ce contexte qu’est survenue la possibilité d’acheter le prieuré d’Ardevon. Le prieuré allait offrir l’opportunité, non seulement d’augmenter les capacités d’accueil des pèlerins à proximité du Mont-Saint-Michel, encore insuffisantes à ce jour, mais également de dynamiser et de mieux rendre visible la proposition spirituelle autour du Mont. Il participerait ainsi au rayonnement spirituel du sanctuaire.

Après quelques années de travaux et de fonctionnement, nous nous réjouissons de ce que l’acquisition du prieuré a suscité de rencontres, de convivialités, de découvertes culturelles et d’expériences spirituelles. Tout cela est rendu possible, et c’est une vertu de ce lieu, grâce à la participation d’un grand nombre de personnes et d’institutions diverses qui apprennent à tisser entre elles des relations d’amitié et de respect. Votre présence à tous en fait la démonstration ce soir.

Car le prieuré est un de ces lieux rares qui attirent et suscitent toutes sortes d’envies et de projets. Sa symbolique large et profonde ouvre, à l’image du Mont saint Michel, bien des horizons. Mais nous savons qu’il ne serait pas bon de courir trop de lièvres à la fois ! Et c’est pourquoi, il m’a semblé nécessaire avec le Comex de préciser 3 axes privilégiés autour desquels s’organiseront les initiatives à venir. Je me permets de vous les présenter.

Le développement des pèlerinages, la charte et ses prolongements

La vie monastique et les pèlerinages façonnent l’identité première du Mont-Saint-Michel. Ces deux réalités ont en partage d’allier une large hospitalité, quasi universelle, et une expérience forte de l’Eglise. Les monastères aujourd’hui en France attirent quantités de personnes qui viennent de tous les mondes et qui s’immergent là dans un authentique creuset d’Eglise. De même, sur les chemins des pèlerinages, on rencontre une incroyable diversité de personnes qui, librement, mettent leurs pas dans une tradition chrétienne séculaire.

C’est cet état esprit, qui conjugue à la fois l’ouverture la plus large, la plus gratuite, respectueuse et bienveillante, et une proposition située pleinement et sans faux semblants dans une identité ecclésiale claire, qui guide notre projet. Au prieuré d’Ardevon, l’Eglise catholique s’engage à servir les hommes en accompagnant le renouveau des pèlerinages soutenu par la présence des communautés monastiques.

Pour ce faire, j’ai signé en 2015 avec Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, une charte. Elle déploie la symbolique du Mont-Saint-Michel autour de 4 thématiques inspirées de l’itinéraire d’un pèlerinage : sauvegarde et contemplation de la création, accueil des personnes fragiles, transmission entre les générations, expérience liturgique.

Les 4 accents de cette charte balise notre route. Il reste beaucoup à faire pour la diffuser et la mettre en œuvre, et animer à partir d’elle tout un réseau de propositions. Ce chantier, à peine commencé, doit s’intensifier si nous voulons que la proposition spirituelle sur les chemins du Mont-Saint-Michel ne soit pas enfouie sous d’autres considérations et intérêts avant tout touristiques et économiques.

Les jeunes

L’expérience de quelques années d’accueil au prieuré confirme le formidable pouvoir d’attraction du Mont-Saint-Michel auprès des jeunes. L’ouverture à la jeunesse est notre priorité. Le prieuré prend déjà sa part dans l’amélioration des capacités de logement pour les jeunes autour du Mont saint Michel. C’est une nécessité.

Mais le projet d’Ardevon ne vise pas seulement à héberger des jeunes. Il veut aussi leur permettre d’entrer dans la richesse du message culturel et spirituel inscrit dans les paysages et les pierres du Mont-Saint-Michel. Pour cela, avec la collaboration précieuse notamment du groupe Bayard, membre du comex de la fondation du mont saint Michel, nous imaginerons et mettrons en place des propositions pédagogiques diverses accessibles aux nombreux jeunes qui passeront dans ce lieu.

Culture et foi

Le Mont-Saint-Michel est un très haut lieu de culture, témoin et acteur de l’impact du christianisme dans la civilisation européenne. Nous avons la responsabilité de transmettre aux générations un tel savoir historique et patrimonial.

L’Eglise veut prendre sa part dans ce travail. Il ne s’agit pas cependant d’enfermer les regards vers le passé, mais de les orienter aussi vers le présent et la construction de l’avenir.

Contempler l’apport du Mont-Saint-Michel à la culture médiévale nous interroge sur la manière dont, aujourd’hui, le christianisme peut enrichir la culture contemporaine dans un dialogue respectueux et cordial avec le monde.  De quelles manières renouvelées, le catholicisme peut-il être « sel et lumière » au cœur du monde ? En quoi le christianisme peut-il être aujourd’hui une ressource disponible pour aider à penser le monde et agir en responsabilité ? Je pense, par exemple, à l’apport de l’encyclique de François « Laudato ‘si » à la réflexion de tant de groupes très divers sur la question urgente de l’avenir de notre planète.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas dans un esprit de conquête que nous voulons œuvrer, mais avec la conviction que l’Evangile du Christ est un réservoir inépuisable d’interrogations, de sagesse et d’inspiration pour tous les temps, et qu’il nous pousse à servir et prendre notre humble et juste part dans la construction sociale, économique et culturelle du monde.

Le prieuré sera donc ce lieu de dialogue de l’Eglise avec le monde. Une Eglise servante de l’écoute et de la miséricorde, du levain dans la pâte, signe du ciel en pleine terre et de l’horizon au bout des chemins, engagée dans la solidarité pour la justice et la paix avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, la sauvegarde et le respect de la création.

Merci aux acteurs et aux partenaires

Pour réaliser ce projet, le diocèse de Coutances et Avranches a la joie de travailler avec beaucoup d’instances et de personnes, je l’ai déjà dit. Que tous reçoivent ici, au nom de l’Eglise, le témoignage de ma gratitude et de mon admiration devant l’œuvre déjà accomplie à ce jour.

Les membres fondateurs de la Fondation du Mont-Saint-Michel abritée dans la fondation Notre Dame, en particulier le diocèse de Rennes, le groupe Bayard et ses donateurs privés, les membres des associations Robert de Torigni, Raoul des Isles et du Prieuré d’Ardevon,

Les partenaires de la Pastorale de la Baie qui réunit les paroisses et les institutions, les maisons d’accueil et les communautés situées dans le périmètre breton et normand de la Baie du Mont-Saint-Michel.

Les membres de la commission culturelle qui rassemble des historiens et des représentants de l’agglomération, de l’association des chemins européens du Mont-Saint-Michel. L’Institut de France qui soutien notre projet culturel.

Les Centre des Monuments nationaux, les communes et l’intercommunalité, l’agglomération, le conseil départemental et toute structure qui participent au déploiement du Mont-Saint-Michel.

Et surtout vous tous, petites mains d’Ardevon, salariés ou bénévoles, qui, jour après jour, rendez possible le rêve qui nous habite !

 

Merci à vous

+ Laurent Le Boulc’h
Evêque de Coutances et Avranches

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